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  A propos de "Superflux, un état altéré"

lundi 25 juin 2007, par intramhd

Ce projet est peut-être d’abord celui d’un spectateur, d’un regardeur d’image. Fin du XXème siècle, un spectateur de son temps, c’est-à-dire un spectateur de télévision.

Oui il y a la peinture, la musique, la littérature, le cinéma et le théâtre, mais la télévision reste pour moi, parmi les formes d’expression humaine, celle qui m’a fait découvrir la guerre (celle du Golfe d’abord) et en cela elle est et restera sans pareille aux autres. On ne peut rien contre ça.

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On pourrait penser que le comportement du média télévisé en temps de conflit relève de l’exceptionnel par rapport à une situation communément plus calme. C’est, selon moi, la forme hypertrophiée d’une manière de faire quotidienne. C’est peut-être aussi que les conflits ont changé de visage, de champs et de temporalité. Le journal télévisé est un outil de pouvoir au service du pouvoir dans le cadre permanent du conflit mondial.

C’est cette sensation de puissance, de prégnance, et d’injustice ressentie face à l’information télévisée qui a fait naître chez moi l’envie, la nécessité, de tenter une réponse. Cette réponse, nécessairement, exclut l’utilisation du canal télévisuel qui pour sa survie doit se protéger de toute controverse sérieuse. La télévision tolère les simulacres de critique pour peu qu’ils soient produits en interne. L’objet premier de telles émissions est de faire valoir un leurre de pluralisme et de dialogue démocratique. Elles ne sont pas et ne peuvent pas être fondamentalement différentes de ce que produit la télévision.

Voilà pourquoi je me suis tourné vers la scène et le spectacle vivant qui demeure aujourd’hui un lieu où il est encore possible d’exprimer et d’envisager une adresse au public.

Superflux, c’est la fabrication en direct d’une œuvre multimedia à partir du mixage de flux d’images et de sons diffusés par 3 chaînes de télévision et d’une banque de samples (échantillons) préparés. Ce recyclage des images est projeté sur grand écran. Un musicien improvise la partition musicale. Un mixeur s’en empare et la mêle aux bandes sonores des flux télévisés, ils construisent la bande originale de cette monstration composite.

Interroger l’évidence d’un monde que la télé propose comme fini 25 fois par seconde. Affirmer que le paysage audiovisuel n’est pas un paysage mais une palette : l’image reste à construire. Envisager le flux télévisuel, images et sons, comme la matière première, brute, le chutier à partir duquel peut encore s’élaborer un regard sur le monde. Extraire de l’image une vérité qui la dépasse, qui n’est plus la prétention à circonscrire le monde, mais l’essai d’une voie poétique.

Les modalités du spectacle Superflux place le spectateur en position de réaliser de manière sensitive sa posture face à l’image d’information, offrant la possibilité d’un nouveau questionnement.

Novembre 2004